"Mon Dieu, je suis enceinte, mais de qui ?"
Au cours de ma première année d’études à l’université, je m’efforçais de bannir les mots courants de mes textes. J’étais persuadée que mes propos devaient emprunter des airs sérieux et des mots rares pour être considérés comme crédibles et pertinents.
Un de mes textes m’est un jour revenu, après correction, avec cette question en marge : « Pourquoi avez-vous employé ce mot ? » De toute évidence, si « ce mot » attirait à ce point l’attention du prof, c’est parce qu’il ne semblait pas à sa place. Je n’ai pas su quoi répondre. Ou la seule réponse que j’aurais pu donner, c’est « pour faire sérieux ». Je me suis contentée de rougir.
Depuis, je suis une adepte de la simplicité, des verbes « être » et « avoir » et des phrases claires et limpides comme de l’eau de roche.
Plus l’énoncé est simple, plus il a de chances de s’inscrire durablement dans l’esprit du lecteur. Un exemple ? « Le ciel n’est pas plus pur que le fond de mon coeur. » Cette phrase ne compte que des mots d’une syllabe. Des mots simples, une phrase courte. Il suffit de la prononcer une fois à voix haute pour qu'elle s’inscrive à jamais en nous. Son auteur : Racine, un auteur de théâtre du 17e siècle. Et un excellent communicateur.
Simplicité ne veut pas dire insignifiance. Une phrase simple mais vide de sens ne vaut rien. En la matière, le jargon bureaucratique est champion.
Simplicité et concision peuvent pourtant faire des merveilles. En témoignent les résultats d’un exercice de français réalisé en milieu universitaire. Les consignes étaient les suivantes : 1) rédigez un texte qui traitera à la fois de Dieu, de sexualité et du doute, 2) recherchez avant tout la concision.
Le texte qui a obtenu la meilleure note ? « Mon Dieu, je suis enceinte, mais de qui ? »